Syndrome de Gilles de la Tourette

Le syndrome de Gilles de la Tourette est un trouble neurologique qui se manifeste par des tics moteurs et vocaux ayant débuté durant l'enfance et évoluant depuis plus d'un an. Le SGT est connu pour sa caricature bien plus que pour ce qu'il est. Cet article présente ses différentes formes, les signes à repérer à chaque âge, les troubles qui l'accompagnent, le déroulement d'un bilan neuropsychologique et les façons de soutenir les enfants au quotidien.

Jeune adulte en entretien avec une psychologue dans un bureau lumineux, première étape d'une évaluation du TDAH

Qu'est-ce que le syndrome de Gilles de la Tourette ?

Les tics moteurs et les tics vocaux

Le syndrome de Gilles de la Tourette, ou SGT, est caractérisé par la présence de tics moteurs multiples et d'au moins un tic vocal, apparus avant dix-huit ans et présents depuis plus d'un an, même si leur intensité a varié.

Les tics peuvent être de deux types. Les tics moteurs correspondent à des mouvements brefs, répétitifs et difficiles à contrôler, comme cligner des yeux, hausser les épaules ou faire une grimace. Les tics sonores, parfois appelés tics vocaux, prennent plutôt la forme de sons ou de bruits répétés, comme renifler, se racler la gorge, tousser ou émettre un petit son.

Les tics peuvent aussi être simples ou complexes. Un tic simple correspond généralement à un mouvement ou à un son bref et isolé, comme les exemples qui précèdent. Un tic complexe implique plutôt une séquence plus élaborée de mouvements ou de sons, par exemple toucher un objet à répétition, sautiller, répéter certains mots ou produire une suite de sons.

Ce que le syndrome de Gilles de la Tourette n'est pas

L'image la plus répandue du syndrome de Gilles de la Tourette est celle d'une personne qui dit des jurons malgré elle. Ce symptôme existe, il porte le nom de coprolalie, et il est rare. Le cinéma l'a installé comme la signature du trouble alors qu'il ne touche qu'une minorité (environ 10 %). Chez les personnes qui la présentent, la coprolalie peut apparaître à certaines périodes, puis diminuer, voire complètement disparaître. Dans la grande majorité des cas, le SGT se manifeste plutôt par des gestes ou des sons beaucoup plus discrets, parfois peu visibles pour l'entourage.

Ce n'est pas non plus un problème d'éducation ni un caprice : personne ne choisit un tic. Certains parviennent à le retenir un moment, en public, mais cet effort est coûteux et la décharge arrive ensuite, plus forte.

Syndrome de la Tourette, SGT, maladie des tics : les termes utilisés

Plusieurs appellations sont utilisées : syndrome de Gilles de la Tourette, syndrome de la Tourette ou simplement SGT. Ces termes désignent généralement la même réalité, le nom complet faisant référence au médecin qui a décrit ce trouble. Le sigle SGT est surtout utilisé dans les milieux cliniques et scolaires.

L'expression « maladie des tics » se rencontre encore, mais elle convient mal : le SGT n'est pas une maladie que l'on attrape. On parle d'un trouble neurologique, qui tient à la façon dont le cerveau s'est construit pendant l'enfance.


Reconnaître les signes du syndrome de Gilles de la Tourette

Signes chez l'enfant

Les premiers tics apparaissent généralement durant l'enfance (entre 5 et 7 ans), mais l'âge d'apparition varie beaucoup d'un enfant à l'autre. Ils peuvent d'abord être visibles, comme des clignements des yeux, des grimaces ou des haussements d'épaules, ou sonores, comme des reniflements ou des raclements de gorge.

Leur évolution est souvent changeante : un tic peut être présent pendant quelques semaines, diminuer, disparaître, puis être remplacé par un autre. Cette évolution par vagues peut dérouter les parents, qui se demandent parfois s'il s'agit d'une habitude, d'une imitation ou d'une phase passagère.

C'est justement la combinaison de différents types de tics, leur évolution dans le temps et leur impact dans le quotidien qui permettent de mieux comprendre la situation et de déterminer s'il est pertinent de consulter.

Signes chez l'adolescent et l'adulte

Chez plusieurs jeunes, les tics deviennent plus visibles ou plus dérangeants autour du début de l'adolescence, une période où le regard des pairs prend beaucoup d'importance. C'est souvent à ce moment que les familles consultent, surtout lorsqu'ils causent de la gêne ou de la fatigue, ou qu'ils compliquent les relations sociales.

Chez beaucoup, ces manifestations s'atténuent ensuite nettement, jusqu'à ne laisser que des traces discrètes. D'autres en présentent toute leur vie, avec des variations selon la fatigue et le stress. La capacité de retenir un tic se développe en grandissant, mais elle demande une vigilance constante, et cette dépense d'énergie est réelle.

Quand s'inquiéter ?

Les symptômes du syndrome de Gilles de la Tourette n'appellent pas tous une consultation. Un tic isolé chez un jeune enfant est banal et disparaît souvent de lui-même. Trois éléments changent la donne : la durée au-delà d'un an, la combinaison de manifestations motrices et vocales, et le retentissement sur le quotidien.

Ce dernier point prime. Des tics discrets qui ne gênent ni les apprentissages ni les relations ne nécessitent pas toujours une évaluation spécialisée. Par contre, lorsqu'ils deviennent douloureux, entraînent de la gêne ou des moqueries, ou s'accompagnent d'inattention, d'un état anxieux ou de comportements plus difficiles à comprendre, il est pertinent d'en parler à un professionnel.


Quelle est l'origine du syndrome de Gilles de la Tourette ?

Le syndrome de Gilles de la Tourette est associé à un fonctionnement particulier de certains circuits du cerveau impliqués dans le contrôle des mouvements, des sons et de l'inhibition. Aucun examen d'imagerie ne permet à ce jour de poser le diagnostic : c'est l'observation clinique et l'histoire des symptômes qui le fondent.

Une composante héréditaire est bien établie : il n'est pas rare qu'un parent ait présenté des tics dans son enfance, sans que personne ne les ait jamais nommés. Cette transmission n'a rien d'automatique.

Il n'existe donc pas de cause unique : ni l'éducation, ni un événement de vie, ni un écran ne provoquent ce syndrome.


Syndrome de Gilles de la Tourette et troubles associés

C'est le point le moins connu du grand public, et le plus déterminant pour l'accompagnement : le SGT est rarement isolé. Plusieurs études rapportent qu'environ 8 personnes sur 10 présentent au moins une difficulté associée.

Le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité, ou TDAH, accompagne très souvent le SGT (dans 50 à 60 % des cas, selon les études). Ce sont alors bien souvent les comportements d'agitation et d'inattention qui amènent la famille à consulter, avant même les premiers tics.

Les troubles obsessionnels compulsifs, ou TOC, sont l'autre association classique (dans 30 à 50 % des cas) : répéter un geste jusqu'à ce qu'il soit « juste », vérifier, ruminer. La frontière entre un trouble obsessionnel compulsif et certains tics complexes est ténue, et démêler les deux demande un œil exercé.

Un trouble oppositionnel avec provocation ou des comportements d'opposition touchent environ 25 à 40 % des enfants atteints du SGT suivis en clinique. Plus largement, on retrouve fréquemment des difficultés comportementales chez les jeunes ayant un SGT. Elles sont souvent liées à l'impulsivité, à l'anxiété, à la fatigue ou à l'effort constant demandé pour contrôler les tics. L'opposition, l'irritabilité ou les crises doivent donc être comprises dans l'ensemble du portrait de l'enfant, plutôt que comme de simples comportements volontaires.

Les troubles anxieux (dans environ 35 % des cas) et les difficultés d'apprentissage (de 25 à 30 % selon les études) complètent ce tableau. Beaucoup de familles le découvrent avec étonnement : ce ne sont pas les tics qui pèsent le plus lourd, mais les troubles du comportement et de l'attention qui les accompagnent.

Le SGT coexiste aussi parfois avec des troubles du développement, comme la dyspraxie, qui touche la coordination des gestes.

Le trouble développemental du langage, ou dysphasie, fait partie du même ensemble, et se repère parfois au cours de la même démarche.

Une démarche sérieuse ne se limite donc jamais à confirmer un diagnostic de SGT : elle explore l'ensemble du profil, ce que permet une évaluation neuropsychologique.


Comment se déroule l'évaluation neuropsychologique du syndrome de Gilles de la Tourette ?

Une évaluation neuropsychologique commence par une rencontre où vous retracez le parcours de votre enfant : développement, premiers tics, évolution, ce qui a été observé en classe et à la maison. Cette histoire oriente tout ce qui suit.

Viennent ensuite les tests et questionnaires, qui explorent la mémoire, les fonctions d'organisation, le langage et les apprentissages. Ces tâches sont présentées comme des exercices, dans un cadre calme, sur une ou plusieurs séances.

L'objectif dépasse le repérage des symptômes, qui s'observent et se décrivent. Il s'agit de dresser un portrait complet : quels troubles associés sont présents, comment ils interagissent, ce qui relève des tics et ce qui relève d'un trouble anxieux ou du comportement. Ce portrait permet de choisir les bonnes interventions.

L'ensemble se conclut par une séance de bilan : résultats expliqués, présence ou absence de diagnostic du syndrome de Gilles de la Tourette, recommandations concrètes pour l'école et la maison. Un rapport écrit vous est remis afin de mieux comprendre le profil de votre enfant et de soutenir l'école dans l'élaboration ou l'ajustement d'un plan d'intervention.

L'évaluation d'un enfant présentant des tics peut impliquer différents professionnels, selon ce qui est observé. Notre rôle est d'aider les familles à mieux cerner les besoins de leur enfant et à déterminer la démarche la plus pertinente, qu'il s'agisse d'une évaluation neuropsychologique ou d'une autre forme d'accompagnement.


Comment aider un enfant atteint du syndrome de Gilles de la Tourette ?

Identifier les besoins réels de l'enfant

L'accompagnement d'un enfant ayant un SGT commence avant tout par une bonne compréhension de son profil. Il ne s'agit pas seulement de mesurer l'intensité des tics, mais aussi d'identifier les difficultés associées qui peuvent avoir un impact important au quotidien : TDAH, troubles anxieux, difficultés d'apprentissage, opposition, impulsivité ou fatigue. Dans plusieurs situations, ce sont elles qui nécessitent d'abord une prise en charge. Par exemple, chez un enfant qui présente à la fois des tics et un TDAH, il peut être prioritaire d'intervenir sur l'attention, l'impulsivité ou l'organisation avant de cibler directement les tics.

Soutenir l'enfant à l'école et à la maison

À l'école comme à la maison, il est généralement préférable d'éviter de demander à l'enfant d'arrêter ses tics ou de lui faire remarquer chaque manifestation. Ces interventions peuvent augmenter la pression ressentie par l'enfant et le rendre plus anxieux. Or, chez plusieurs personnes ayant un SGT, le stress et l'anxiété peuvent contribuer à une augmentation des tics. L'objectif est donc plutôt de réduire la pression, d'adapter certaines attentes au besoin et d'aider l'entourage à mieux comprendre ce que vit l'enfant.

Choisir les interventions adaptées

Lorsque les tics sont très envahissants, douloureux ou qu'ils nuisent fortement au fonctionnement de la personne, une consultation médicale ou neurologique doit être envisagée afin de discuter des options possibles, incluant certains traitements médicamenteux. Parallèlement, un accompagnement en psychothérapie peut aider l'enfant à mieux gérer l'anxiété, à comprendre les facteurs qui influencent ses tics et, dans certains cas, à développer des stratégies pour mieux les contrôler.

Le choix des interventions dépend toujours du portrait global de l'enfant, de son niveau de souffrance et de l'impact réel des symptômes dans son quotidien.

Sensibiliser l'entourage sans exposer l'enfant inutilement

En milieu scolaire, il est souvent utile d'informer les adultes qui gravitent autour de l'enfant afin d'éviter les malentendus, les remarques répétées ou les demandes irréalistes de contrôle. Une sensibilisation du groupe-classe peut aussi être pertinente, mais seulement lorsque l'enfant est à l'aise avec cette démarche ou lorsque les tics sont déjà bien connus des autres élèves. L'objectif n'est pas d'exposer l'enfant, mais de créer un environnement plus compréhensif, où les tics sont moins commentés et moins associés à de la provocation ou à un manque d'effort.


Outils et ressources pour aider un enfant qui vit avec des tics

Stratégies au quotidien

Tenir un relevé des périodes où les symptômes s'intensifient aide à repérer ce qui les déclenche : une semaine d'examens, un manque de sommeil, un changement d'horaire. C'est aussi une matière précieuse pour le professionnel qui vous accompagne.

Ressources pour l'école

Une rencontre en début d'année avec l'enseignante et la direction permet de convenir ensemble des adaptations utiles. Le rapport écrit sert de base commune et déplace la conversation du comportement vers les besoins.

Organismes et soutien au Québec

L'Association québécoise du syndrome de la Tourette est la référence provinciale : information, soutien et occasions d'échanger avec d'autres parents. Les services complémentaires des centres de services scolaires sont l'autre porte d'entrée, en parallèle du suivi privé.

Conclusion

Vivre avec le syndrome de Gilles de la Tourette n'empêche ni d'apprendre, ni de travailler, ni de construire des liens. Les tics s'atténuent dans la majorité des cas après l'adolescence, et ce qui reste s'apprivoise.

Ce qui change la trajectoire, c'est de saisir tôt l'ensemble du portrait. Si la situation de votre enfant vous interroge, notre équipe peut vous orienter : n'hésitez pas à nous contacter.

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Équipe

Notre équipe
de neuropsychologues spécialisés TDAH

‍

Elena Mortier

Neuropsychologue

Mélanie Lévesque

Neuropsychologue

Sarah Rassi

Neuropsychologue

Johann Robert

Neuropsychologue

Jacob Martin

Psychométricien

Romain Hassan Omar

Doctorant en neuropsychologie

Margaux Quintric

Neuropsychologue

Annie-Claude Bélisle

Doctorante en neuropsychologie

Sonia Virmontois

Neuropsychologue

Maxime Corric

Directeur, clinique et interdisciplinarité

Loris Nicolau

Neuropsychologue
FAQ

Questions fréquentes sur le syndrome de Gilles de la Tourette

Qu'est-ce qui provoque le syndrome de Gilles de la Tourette ?

Aucune cause unique n'a été identifiée. Ce syndrome est lié au fonctionnement de certains circuits cérébraux qui participent au contrôle des mouvements, avec une composante héréditaire fréquente. L'éducation reçue n'y est pour rien.

Le syndrome de la Tourette se guérit-il ?

On ne parle pas de guérison, mais d'évolution : les tics diminuent nettement chez la majorité des personnes après l'adolescence. L'accompagnement vise à limiter leur retentissement et à traiter les troubles associés.

À quel âge apparaissent les premiers tics ?

Le plus souvent, les premiers tics surviennent autour de 5 à 7 ans, mais leur forme n'est pas la même chez tous les enfants. Certains présentent d'abord des tics moteurs, alors que d'autres peuvent aussi présenter très tôt des tics sonores, comme de petits bruits ou des reniflements répétés. Lorsque des tics sonores apparaissent tôt, surtout s'ils s'ajoutent à plusieurs tics moteurs ou qu'ils entraînent une gêne importante, il peut être pertinent de consulter pour mieux comprendre l'évolution du tableau.

Qui peut poser le diagnostic au Québec ?

Au Québec, différents professionnels peuvent être impliqués selon la situation. Un médecin ou un neurologue peut poser un diagnostic médical, notamment lorsque les tics sont importants ou qu'un traitement médicamenteux est envisagé. Un psychologue ou un neuropsychologue peut aussi contribuer à l'évaluation clinique, surtout lorsqu'il faut préciser le profil global de l'enfant, les troubles associés possibles et les besoins à soutenir à l'école ou à la maison.

Les tics disparaissent-ils à l'âge adulte ?

Chez beaucoup d'adultes, ils deviennent assez discrets pour ne plus gêner les études ni le travail. Chez d'autres, ils persistent avec des variations. La connaissance de son propre fonctionnement fait alors une différence réelle.

Est-ce que toutes les personnes avec un syndrome de Gilles de la Tourette disent des gros mots ?

Non. Même si c'est l'image la plus connue du syndrome de Gilles de la Tourette, la coprolalie demeure rare. Elle ne concerne qu'une minorité des personnes ayant un SGT et, lorsqu'elle est présente, elle peut varier dans le temps.

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